Article rédigé par Sébastien Gagnard, courtier en assurance dans les Alpes-Maritimes. Les règles citées sont celles du Code général des impôts, de service-public.fr et du BOFiP, vérifiées le 02/11/2026. Le projet de loi de finances pour 2027 était alors en discussion au Parlement ; dans sa version déposée, il ne modifiait pas les taux et abattements présentés ici pour les contrats alimentés en argent et investis sur les supports proposés par l'assureur. Cet article sera mis à jour si la loi votée change ces règles.
Deux chiffres, deux questions différentes
La règle des 8 ans répond à une question : combien d'impôt paierez-vous si vous retirez de l'argent ? Elle dépend de l'âge du contrat, pas du vôtre.
La règle des 70 ans répond à une autre question : combien paieront ceux qui recevront le capital à votre décès ? Elle dépend de votre âge à la date de chaque versement, pas de l'âge du contrat.
Un contrat ouvert il y a vingt ans ne protège donc pas mieux vos bénéficiaires qu'un contrat ouvert l'an dernier. Et un versement fait à 75 ans sur un contrat très ancien relève quand même de la règle des 70 ans.
La règle des 8 ans : l'impôt sur vos retraits
L'ancienneté se compte à partir de la souscription du contrat, pas de chaque versement. Un versement fait aujourd'hui sur un contrat de dix ans profite donc déjà de ses dix ans.
Lors d'un retrait, seuls les gains compris dans la somme retirée sont imposés, jamais la part qui correspond à vos versements. Le calcul de cette part de gains est détaillé sur la page assurance-vie. Pour les versements effectués depuis le 27/09/2017 :
- Contrat de moins de 8 ans : les gains sont imposés à 12,8 %, ou au barème progressif si vous le choisissez dans votre déclaration.
- Contrat de 8 ans et plus : un abattement de 4 600 € par an pour une personne seule, ou 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune, s'applique sur l'ensemble de vos contrats. Au-delà, les gains sont imposés à 7,5 %. La part des gains liée aux versements qui dépassent 150 000 €, tous contrats confondus, est imposée à 12,8 %.
À cela s'ajoutent les prélèvements sociaux, à 17,2 % sur les gains, quelle que soit l'ancienneté. Depuis le 1er janvier 2026, la plupart des revenus de placement supportent 18,6 % ; les produits d'assurance-vie sont restés à 17,2 % (service-public.fr ; article L136-8 du Code de la sécurité sociale). Au total, le taux forfaitaire d'un contrat de moins de 8 ans est donc de 30 % (12,8 % + 17,2 %), là où il est de 31,4 % pour la plupart des autres placements.
Les versements effectués avant le 27/09/2017 suivent d'autres règles, que je vérifie contrat par contrat.
Huit ans n'est pas une durée de blocage
Votre argent reste disponible avant comme après 8 ans. Vous pouvez demander un retrait, partiel ou total, à tout moment. L'assureur doit vous verser la somme dans un délai de deux mois au plus ; au-delà, il vous doit des intérêts de retard (article L132-21 du Code des assurances). Beaucoup de contrats versent plus vite.
Avant 8 ans, un retrait n'est pas interdit : il est seulement imposé au taux de 12,8 % au lieu de 7,5 %, et sans abattement. Pour un petit retrait, l'écart en euros est souvent limité. Et un retrait qui suit un licenciement, une mise à la retraite anticipée, une invalidité de 2e ou 3e catégorie ou une liquidation judiciaire, pour vous ou votre conjoint, est exonéré d'impôt sur le revenu s'il intervient avant la fin de l'année suivante (service-public.fr).
La règle des 70 ans : ce que paieront vos bénéficiaires
À votre décès, le capital est versé aux bénéficiaires que vous avez désignés. Sa taxation dépend de votre âge au moment de chaque versement, pas de votre âge au décès ni de l'âge du contrat. Un même contrat peut donc relever des deux régimes.
- Versements effectués avant vos 70 ans (article 990 I du CGI) : chaque bénéficiaire reçoit jusqu'à 152 500 € sans taxation. Au-delà, il paie 20 % sur sa part taxable jusqu'à 700 000 €, puis 31,25 %. Ce régime porte sur tout ce qu'il reçoit : versements et gains.
- Versements effectués après vos 70 ans (article 757 B du CGI) : un abattement de 30 500 € s'applique, une seule fois, pour l'ensemble des bénéficiaires et de vos contrats. Au-delà, les versements sont soumis aux droits de succession selon le lien de parenté, après l'abattement personnel du bénéficiaire, par exemple 100 000 € pour un enfant, partagé avec le reste de la succession. Les gains produits par ces versements ne sont pas taxés.
Le PER d'assurance suit une logique proche, mais c'est l'âge au décès qui compte : voir le PER individuel. Les contrats très anciens peuvent obéir à des règles particulières, que je vérifie contrat par contrat.
Clause bénéficiaire : sans elle, les deux règles servent peu
Votre conjoint marié ou votre partenaire de Pacs est exonéré, quel que soit votre âge au moment des versements (service-public.fr). Un frère ou une sœur peut l'être aussi, sous trois conditions précisées sur la page transmission de patrimoine.
Les abattements s'appliquent par bénéficiaire, pour les versements avant 70 ans. Une clause qui ne désigne qu'une personne n'utilise qu'un abattement de 152 500 €. Une clause qui en désigne trois en utilise trois. C'est la clause bénéficiaire qui décide qui profite de la règle des 70 ans, pas le contrat lui-même.
Vous pouvez modifier la clause à tout moment, sauf si un bénéficiaire a accepté le bénéfice du contrat avec votre accord. Relisez-la après un mariage, un divorce, une naissance ou un décès dans la famille.
Le tableau pour ne plus les confondre
| Question | Règle des 8 ans | Règle des 70 ans |
|---|---|---|
| Ce qui compte | L'âge du contrat, depuis sa souscription | Votre âge au moment de chaque versement |
| Quand elle joue | De votre vivant, lors d'un retrait | À votre décès |
| Qui est concerné | Vous | Vos bénéficiaires |
| Avant le seuil | Gains imposés à 12,8 % (ou au barème), plus 17,2 % de prélèvements sociaux | Versements avant 70 ans : 152 500 € par bénéficiaire, puis 20 % jusqu'à 700 000 € de part taxable et 31,25 % au-delà |
| Après le seuil | Abattement annuel de 4 600 € ou 9 200 €, puis 7,5 % (12,8 % au-delà de 150 000 € de versements), plus 17,2 % de prélèvements sociaux | Versements après 70 ans : 30 500 € pour tous les bénéficiaires, droits de succession au-delà, gains exonérés |
| Conjoint ou partenaire de Pacs | Pas de régime particulier pour un retrait | Exonéré |
| Texte | Article 125-0 A du CGI | Articles 990 I et 757 B du CGI |
Cas type : un même épargnant, les deux règles
Cas type, chiffres exacts, personnage fictif. Jean est veuf et a deux enfants, bénéficiaires à parts égales de ses deux contrats.
Contrat A, ouvert à 62 ans : 140 000 € versés, tous avant ses 70 ans. Contrat B, ouvert à 72 ans : 100 000 € versés.
À 79 ans, un retrait : la règle des 8 ans. Jean retire 20 000 € du contrat A, qui vaut alors 280 000 €. La part de gains est de 20 000 − (140 000 × 20 000 ÷ 280 000) = 10 000 €. Le contrat a plus de 8 ans : après l'abattement de 4 600 €, 5 400 € sont imposés à 7,5 %, soit 405 € d'impôt. Les prélèvements sociaux sont de 1 720 € (17,2 % de 10 000 €), en supposant qu'ils n'ont pas déjà été prélevés. Si le contrat avait eu moins de 8 ans, l'impôt aurait été de 1 280 € (12,8 % de 10 000 €).
À 85 ans, son décès : la règle des 70 ans. Le contrat A vaut 340 000 €, le contrat B 130 000 €, dont 30 000 € de gains (montants nets de tout prélèvement social). Le reste de son patrimoine, 600 000 € nets, revient à ses deux enfants, sans donation antérieure.
- Contrat A, versements avant 70 ans : chaque enfant reçoit 170 000 €. Il paie 20 % sur 17 500 € (170 000 − 152 500), soit 3 500 €.
- Contrat B, versements après 70 ans : 100 000 € − 30 500 € = 69 500 € entrent dans la succession, soit 34 750 € par enfant. Les 30 000 € de gains ne sont pas taxés.
- Succession : chaque enfant reçoit 300 000 € + 34 750 € = 334 750 €, taxables sur 234 750 € après l'abattement de 100 000 €. Il paie 45 144 € de droits, contre 38 194 € sans le contrat B : le contrat B lui coûte 6 950 €.
Au total, sur les 235 000 € que chaque enfant reçoit des deux contrats, il paie 10 450 € (3 500 € + 6 950 €). L'ancienneté des contrats n'a joué aucun rôle au décès.
Si les 100 000 € avaient été versés avant 70 ans sur le contrat A, à valeur identique, chaque enfant aurait reçu 235 000 € dans ce régime et payé 20 % sur 82 500 €, soit 16 500 € : 6 050 € de plus. Ici, verser après 70 ans n'a pas été une erreur, parce que l'abattement de 152 500 € était déjà utilisé et que les gains du contrat B échappent aux droits. Pour une autre famille, avec d'autres bénéficiaires ou un autre patrimoine, la conclusion peut être inverse : c'est pour cela que le calcul se fait au cas par cas.
Ce que je peux faire pour vous, et ce que je ne fais pas
Je peux relire avec vous vos contrats d'assurance-vie : leur date de souscription, la répartition de vos versements avant et après 70 ans, vos retraits possibles et leur coût, et la rédaction de votre clause bénéficiaire. Je vous montre, chiffres en main, ce que recevrait chacun de vos bénéficiaires.
Le notaire reste seul compétent pour régler une succession, rédiger un testament ou une donation. Je ne conseille pas sur des titres détenus en direct, hors contrat d'assurance : cela relève du statut de conseiller en investissements financiers, que je n'ai pas. Pour la transmission dans son ensemble, voir la page transmission de patrimoine.
Ce que je ne peux pas vous promettre
- Je ne peux pas garantir que ces règles resteront les mêmes. La fiscalité de l'assurance-vie est discutée à chaque loi de finances ; celle pour 2027 était encore en débat au moment où cet article a été écrit.
- Je ne peux pas garantir la valeur de votre contrat en unités de compte, ni donc le montant que recevront vos bénéficiaires : seul le nombre d'unités de compte est garanti, pas leur valeur.
- Je ne vous conseillerai pas forcément d'ouvrir un nouveau contrat. Si vous avez déjà un contrat de plus de 8 ans aux frais raisonnables, verser dessus et revoir sa clause bénéficiaire suffit souvent.
Par où commencer, concrètement
- Cette semaine : listez vos contrats d'assurance-vie, avec leur date de souscription. Ceux qui ont moins de 8 ans, notez la date à laquelle ils les atteindront.
- Sur vos relevés, repérez le total de vos versements et, si vous avez plus de 70 ans, ceux faits après votre anniversaire.
- Relisez la clause bénéficiaire de chaque contrat : qui est désigné, et qui l'est à défaut.
- Avant un retrait : vérifiez l'ancienneté du contrat et l'abattement déjà utilisé dans l'année.
- Si vous avez un doute : prenez rendez-vous, avec vos relevés. Le premier rendez-vous est sans engagement.
Huit ans pour vous, soixante-dix ans pour eux : retenir à qui sert chaque règle évite la plupart des erreurs.
Questions fréquentes
Mon argent est-il bloqué pendant 8 ans ?
Non. Vous pouvez retirer à tout moment, et l'assureur doit verser la somme sous deux mois au plus. Les 8 ans ne sont pas un blocage, mais le seuil à partir duquel vos retraits bénéficient de l'abattement annuel et du taux de 7,5 %.
Un contrat de plus de 8 ans est-il mieux traité au décès ?
Non. Au décès, l'ancienneté du contrat ne compte pas. Ce qui compte, c'est votre âge au moment de chaque versement : avant ou après 70 ans.
Est-ce encore utile de verser sur une assurance-vie après 70 ans ?
Cela peut l'être. L'abattement est de 30 500 € pour l'ensemble des bénéficiaires, mais les gains produits par ces versements ne sont pas taxés au décès, et l'argent reste disponible de votre vivant. Le bon choix dépend de vos bénéficiaires et de vos autres contrats.
Quels prélèvements sociaux sur l'assurance-vie en 2026 ?
17,2 % sur les gains. L'assurance-vie n'est pas concernée par le taux de 18,6 % appliqué depuis le 1er janvier 2026 à la plupart des autres revenus de placement.
Mon conjoint paiera-t-il des droits sur mon assurance-vie ?
Non. Votre conjoint marié ou votre partenaire de Pacs est exonéré, que les versements aient été faits avant ou après vos 70 ans.
Les unités de compte présentent un risque de perte en capital : leur valeur n'est pas garantie et fluctue à la hausse comme à la baisse, en fonction notamment de l'évolution des marchés financiers. L'assureur s'engage sur le nombre d'unités de compte, non sur leur valeur. Les rendements passés ne préjugent pas des rendements futurs. Le cas type est une illustration, pour un résident fiscal français, et ne remplace pas le calcul du notaire. Informations générales établies selon les règles fiscales vérifiées le 02/11/2026, susceptibles d'évoluer avec la loi de finances pour 2027 ; elles ne constituent pas un conseil fiscal personnalisé. AMB Courtage, intermédiaire en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 25 003 277 (www.orias.fr).
Sources
Chiffres et règles à jour au 02/11/2026. Sources consultées le 02/11/2026.
Afficher les 14 sources
- Assurance-vie : fiscalité (F22414) — rachats avant/après 8 ans, abattement 4 600 € / 9 200 €, 7,5 % / 12,8 %, seuil 150 000 €, versements avant/après le 27/09/2017, prélèvements sociaux « en principe 17,2 % », décès 152 500 € / 20 % / 31,25 % / 700 000 €, 30 500 € après 70 ans, conjoint et partenaire de Pacs exonérés, cas d'exonération d'IR — Service-public.fr, fiche vérifiée le 15/04/2026
- Impôt sur le revenu — revenus d'épargne et de placement : prélèvements sociaux à 18,6 % à compter du 1er janvier 2026 — Service-public.fr, fiche vérifiée le 15/04/2026
- Article L136-8 du Code de la sécurité sociale — CSG 10,6 % de droit commun ; 9,2 % pour les produits du 3° du II de l'article L136-7 (assurance-vie) — Légifrance, version en vigueur depuis le 27/06/2026
- Article L136-7 du Code de la sécurité sociale, II, 3° — produits des bons ou contrats de capitalisation et placements de même nature mentionnés à l'article 125-0 A du CGI — Légifrance, version en vigueur depuis le 21/02/2026
- Article 990 I du CGI — abattement de 152 500 € par bénéficiaire, 20 % jusqu'à 700 000 € de part taxable, 31,25 % au-delà, exonération des bénéficiaires exonérés de droits (art. 796-0 bis), renvoi au 757 B — Légifrance, version en vigueur depuis le 11/03/2023, consultée au 01/11/2026
- Article 757 B du CGI — droits de mutation par décès à concurrence des primes versées après 70 ans, abattement global de 30 500 € — Légifrance, version en vigueur depuis le 11/03/2023, consultée au 01/11/2026
- Article L132-21 du Code des assurances — valeur de rachat versée dans un délai qui ne peut excéder deux mois, intérêts de retard — Légifrance, version au 31/10/2026
- BOI-RPPM-RCM-20-10-20-50 — ancienneté du contrat « décomptée du jour de la souscription » (§ 200), calcul de la part de gains — BOFiP, version du 11/02/2014 (archivée)
- Article 777 du CGI — barème des droits en ligne directe (5 % à 45 %) — Légifrance, version en vigueur au 01/11/2026
- Droits de succession selon le lien de parenté (F35794) — abattement de 100 000 € par enfant, barème en ligne directe — Service-public.fr (version anglaise), fiche vérifiée le 19/08/2026
- PLF 2027 : ce que prévoit l'article 6 sur l'assurance-vie — trois conditions (primes en numéraire, fonds dédiés, contrats étrangers), taux et abattements inchangés pour les contrats conformes — simulateur-assurance-vie.fr, 07/10/2026
- PLF 2027 : tableau de synthèse des principales mesures, article par article — LégiFiscal, 02/10/2026
- Assurance vie : les députés refusent de débloquer par rachat l'abattement de 152 500 € — amendements rejetés le 16/10/2026, barème du 990 I maintenu — France Épargne, 18/10/2026
- PLF et PLFSS 2027 : point d'étape — PLF : vote solennel de la 1re partie reporté ; PLFSS rejeté par les députés — Deloitte Société d'Avocats, 27/10/2026